Leh est partagé par 3 cultures les cachemiriens les indous
et les ladakhis la majorité parlent l'anglais
Le troisième jour nous partons
en bus à Lamayuru où nous attendent les chevaux et les horsemen Zanskarpas soit
20 chevaux et 10 cavaliers, 1 chef cuistot et 4 aides; Sunam notre guide local
et Yoann notre interprète.
Sur les toits des maisons sèchent les abricots ,
le foin pour les bêtes , le bois et les bouses de Yack pour se chauffer
l'hiver
Nos amis zanskarpas traversent 9 cols entre 4000 et 5000 m
avec leurs chevaux (pour les circuits randonnées) pour venir à notre rencontre
et nous ramener dans leurs familles où nous séjournons.
Nous sommes 9 au
départ de cette aventure humaine 4 hommes et 5 femmes tous fin prés mais avec
des questionnements qui au fil des jours s'éclaircissent tout à fait
normalement. Nous sommes restés 24 jours en altitude entre 4000m et 5000m le
point le plus haut atteint a été le SINGEE LA 5160 m .
Nous avons passé 9
cols à travers des paysages les plus extraordinaires que l'on puisse imaginer.
Aux étapes, chacun devait monter sa tente toujours à proximité d'un cours d'eau
( les accros aux conditions d'hygiène occidentales s'abstenir).
Les drapeaux de prière.
En flottant
librement au vent, cet élément qui communique avec tout, les bénédictions des
textes sacrés (mantras) qui sont imprimés se propagent sans limite. Le "Cheval
du souffle" (loungta), dont l'image figure au centre des drapeaux de prières
symbolise l'harmonisation des souffles vitaux et a la capacité d'éloigner les
mauvaises circonstances. On utilise ainsi tous les éléments de la nature - le
vent qui fait flotter les drapeaux, la chaleur d'une lampe à beurre qui fait
tourner un moulin à prières, le roc sur lequel on grave des prières, l'eau d'un
torrent qui entraîne les pales d'un autre moulin à prières - comme un rappel,
afin que chaque activité, chaque élément de la nature, tout ce qui se présente à
nos yeux soit une incitation à la prière et à l'altruisme. Ces supports
extérieurs sont utilisés afin que tout ce que nous voyons et entendons nous
rappelle cette attitude altruiste et devienne un support de méditation : la
nature devient alors un livre d'enseignement.
Les deux problèmes liés à
l'altitude.
" L'essoufflement, à 4000m, vous ne pouvez pas
marcher sans être essoufflé . Quand vous montez un col même très lentement c'est
comme si vous courriez ici ! C'est une question d'entraînement et de capacité de
récupération
" Le mal aigu des montagnes (MAM) sérieux problème; il n'y
a pas de règle chacun de nous est susceptible de souffrir de MAM . En cas
d'urgence le seul remède est de redescendre à des altitudes inférieures .
Enfin arrivé au col - toute notre caravane les horsemen( cavaliers), les
cuisiniers, le guide local Sonam et le coordinateur Yoann. A ce col il est de
coutume de choisir un horseman ou un cuisinier pour lui offrir un présent et
recevoir en échange une fleur. Aussi, je n'ai pas oublié Jimmet qui m'a aidé à
monter ma tente lorsque j'étais malade(tourista) et mes doigts gelés.
Trouble physique.
Avant de partir, certains
d'entre nous ont passé des examens médicaux spécialisés à l'altitude .
En
Juin un week-end de préparation dans les Alpes, nous a permis de tester notre
matériel, nos capacités physiques et notre résistance au froid. Certains se sont
aperçus que leur tente n'était pas suffisante ou leur duvet pas assez
chaud.
Malgré ces préparations un d'entre nous a eu des troubles de la vue
pendant 2 jours, une autre personne a eu des migraines tout le long du séjour,
un autre a eu des angoisses presque jusqu'à la fin du séjour d'où un manque
d'appétit et toutes les conséquences que cela peut avoir. Une autre personne a
souffert du Trek car insuffisamment préparée physiquement.
Sinon comme il
est de règle tout le monde a eu la Tourista (maux intestinaux bref la
diarrhée).
La Moisson
En septembre, les
Ladakhis, Zanskarpas coupent leur orge à la faucille ou souvent même l'arrachent
à la main (c'est ainsi que souvent les mains des vieilles villageoises sont
crevassées ). Puis des gerbes d'orges sont contituées et portées à dos de femmes
sur l'aire de battage près du village .
J'ai essayé de porter ces charges.
C'est très lourd (50 KG ). Une lanière ou de la corde ceinture cette charge puis
les femmes s'accroupissent et passent la corde sur leur épaules . Les
tibétains(es) sont de petite taille, aussi on ne les voit presque plus sous leur
chargement.
Arrivés sur l'aire de battage, les dzos (croisement vache et yak
) et les yaks foulent ces gerbes . Et là, la magie des lieux fait son
effet.
Tout un répertoire de chants, les mêmes depuis toujours, encouragent
les bêtes qui tournent , le museau enfoui dans la paille qu'elles écrasent .
Puis vient le vannage et le village n'est que musique, sifflement de
l'ardeur à la tâche . Avec de grandes fourches de bois, ils jettent la récolte
en l'air, la brisent ce qui sépare la balle du grain . Le rendement d'un champ
se comptabilise en journée de travail 3J= X quintaux
Ceci dit, nous avons
traversé des villages sur des plateaux à 4000m. Et oui, la montagne est habitée
même à ces altitudes. L'accueil des villageois est chaleureux malgré leur
pauvreté. Il y a toujours du thé au beurre salé, des galettes, du fromage de
Yack et du Tchang (alcool d'orge ).
Chortens au monastère de Lamayuru
Dès
que nous voyions un chorten, nous savions qu'il y avait un village à proximité -
soulagement pour ces nomades que nous devenions. Les chortens sont des
reliquaires en forme de tour. Les plus petits ont environ trente centimètres de
haut et sont placés sur les autels privés, les plus grands (jusqu'à trente
mètres de haut) contiennent des reliques du Bouddha. Les chortens servent
parfois à marquer des endroits sacrés et parfois à abriter les cendres des
grands lamas défunts. C'est la coutume de faire le tour des chortens dans le
sens des aiguilles d'une montre .
Conclusion
Malgré la barrière de la langue, nous avons communiqué car
nous avions un lexique de ladakhais.Il était possible de communiquer en anglais
avec certains. En ce qui me concerne, j'en garderai un souvenir inoubliable et
je me suis promis de revenir car j'ai gardé contact avec mes amis
Zanskarpas.
Extraits de "Himalaya Bouddhiste"
Matthieu Ricard, Olivier et Danielle Föllmi (Editions de La
Martini)
ZANSKAR Béni des Dieux
A trois mille cinq
cents mètres d'altitude, le vieux royaume bouddhiste du Zanskar abreuve le monde
par deux rivières d'eau pure, la Doda et la Tsarap, qui jaillissent des glaciers
du Grand Himalaya et s'unissent dans une vaste vallée triangulaire pour donner
vie au fleuve Zanskar Après de larges arabesques brunes en été, turquoise à
l'automne, et blanches tout l'hiver, le fleuve se révolte entre les murailles
abruptes d'un canyon austère, long de cent kilomètres. Le Zanskar s'apaise cent
cinquante kilomètres plus bas, dans la vallée minérale du Ladakh, en offrant ses
eaux à 1'lndus.
Le peuple du Zanskar est l'un des plus isolés de notre
planète. Environ douze mille paysans peuplent une cinquantaine de petits
villages dans les trois vallées du Zanskar. Chaque famille possède sa maison de
torchis, ses champs en terrasse, une dizaine de chèvres, deux ou trois chevaux,
parfois un yak et sa femelle le dri, mais surtout quelques dzomos, croisement
entre le yak et la vache, qui donnent du bon lait. Bouddhistes, les Zanskarpa
mangent rarement de la viande et ils répugnent à tuer un être vivant, même un
insecte. Ils se nourrissent de farine d'orge, de pois et de blé d'altitude
qu'ils cultivent en été.
Le printemps au Zanskar est une belle période calme
où l'on prie sur le toit des maisons en attendant que la nature se réveille.
Afin d'activer la fonte des neiges et de réchauffer la terre pour pouvoir la
labourer, les familles répandent sur les champs la cendre du foyer accumulée
pendant l'hiver.
L'été est une période fébrile et plus soucieuse. Les
Zanskarpa ont à peine trois mois pour cultiver, récolter et engranger le grain
et le fourrage de l'année. Toute la famille travaille de l'aube au crépuscule,
se répartit les tâches pour cultiver et irriguer les champs, parcourir la
montagne et ramener des réserves de buissons, veiller sur les bêtes à l'alpage
et battre le beurre.
L'automne est la saison des mariages. Une grande fête
noyée de bière d'orge, le tchang, honore la jeune mariée qui pleure et quitte à
jamais son village pour vivre auprès de sa belle-famille. Une autre fête
l'attend dans le village de son époux qu'elle découvre pour la première fois.
Les parents arrangent les mariages. Les parents se retirent dans une petite
habitation voisine plus Spartiate que la maison principale. Si la maladie les
épargne, leur vie devient plus facile et surtout plus sereine car plus pieuse.
Ils peuvent se préparer au voyage de la mort et à son aboutissement, la
renaissance.
L'hiver est long et cruel. Aux premières chutes de neige, les
cols deviennent inaccessibles et il faut attendre janvier pour pouvoir rejoindre
le Ladakh, en douze jours de marche, par le fleuve Zanskar dont les bords gèlent
durant quelques semaines. Mais, plus sédentaires que voyageurs, les Zanskarpa
préfèrent rester au pays. Ils aiment l'hiver, période propice aux prières qui
permet de savourer plus intensément la beauté et la profondeur de la vie. Chacun
a tout son temps pour le partager avec les autres.
Lentement, le Zanskar
évolue dans la grande roue du temps. Mais les Zanskarpa sont ouverts aux
changements et conçoivent un intérêt en toute chose, une équité en toute action,
un potentiel d'éveil en tout être. Tashi Namgyal Gyalpo, le vieux roi du
Zanskar, disait peu avant sa mort : " Notre religion nous enseigne
l'impermanence. Tout est voué à naître, à croître et à mourir, puis à renaître.
Nous devons toujours nous adapter au changement.
".