TREK au ZANSKAR
Septembre/Octobre 2005
Réalisé par: Joëlle
 
La voie des cols de
Lamayuru à Karsha

Nos amis de la haute vallée du Zanskar, ancien royaume isolé de culture bouddhiste tibétaine, accompagnés de leurs chevaux, traversent des cols à près de 5000 m pour venir à notre rencontre. Progressant lentement et en très petits groupes, ils nous accompagnent jusqu'aux villages du Zanskar où nous attendent leurs familles pour un accueil toujours très chaleureux.
Présentation du circuit d'une durée de 27 jours
" Jour 1 : Vol pour Delhi
" Jour 2 : Delhi / Leh
" Jour 3 et 4 : Leh : acclimatation. Visite des monastères et des villages de réfugiés tibétains.
" Jour 5 : Lamayuru, Wanla (via Prikiti 3 750 m)
" Jour 6 : Courte étape jusqu'à Phanjila (2h30)
" Jour 7 : Honupatta o Camp de base du Sirsi La face aux Aiguilles rouges de Nyutsela
" Jours 8 et 9 : Photaksar (via Shirsi 4800 m). 1 jour 1/2 de repos à Photoksar. Visite du village et de l'école dont la construction a été achevée avec l'aide de RBM
" Jour 10 : Boumitse La (4 200 m) jusqu'à la base du Singge
" Jour 11 : Singge La (5 100 m) o Skyumpatta (via Kiupa 3 850 m)
" Jour 12 : Courte étape (2h30) jusqu'à Lingshet (via Murgum 4 100 m) ou nous restons 1 jour 1/2.
" Jour 13 : Courte étape (3h) vers Base Hanuma
" Jour 14 : Jinchen, à la base du Parfi La (via Hanuma La 4 900 m)
" Jour 15 : Arrivée dans la vallée du Zanskar Nuit à Pidmu (via Parfi 3 900 m)
" Jour 16 : Courte étape (2h30) jusqu'à Pishu ou nous séjournons 2 jours.
" Jour 17 : Repos à Pishu ou visite de Zangla où nous visitons le Palais du roi, le vieux fort et la nonerie.
" Jours 18 à 20 : Tsazar o Monastère de Stongde o Karsha ou nous passons 3 nuits chez l'habitant.
" Jour 20 : Visite de l'école LMHS de Pipiting (Association AAZ) et de Padum.
" Jour 21 : Rangdum, Nun-Kun, Vallée de la Suru, Nuit à Kargil
" Jours 22 et 23 : Retour et 1 jour de sécurité à Leh
" Jours 24 à 26 : Vol pour Delhi et séjour à Delhi
" Jour 27 : Vol pour la France
Rectification du planning
le circuit présenté est celui donné à l'inscription mais celui effectué est different . En effet à l'inscription le circuit a été sous-estimé : les temps réels de marche sont en moyenne de 5-6h/jour, les denivellés une moyenne de 500m ascendant et 600m descendant. l'extrème ascendant est de 800m (81 lacets à monter), l'extrème descendant 1250m. En haute altitude, il est nécessaire de marcher plus lentement car l'oxygène se rarifie. Les temps de repos sont trés utiles pour la récupération et éviter le mal aigu des montagnes. Le circuit réel peut-étre mis à la disposition des personnes interéssées .
LE LADAKH-ZANSKAR
" Géographie : au Nord du Grand Himalaya, partie occidentale du plateau tibétain, à env. 150 km de la Chine, du Tibet, et du Pakistan. - Langue : ladakhi (bodhi, proche du tibétain), hindi, ourdou et cachemiri.
" Culture : bouddhisme tibétain et Islam dans certaines régions.
" Par son isolement stratégique, le Zanskar reste à l'écart d'une situation politique au Cachemire agitée qui a pu être dangereuse par périodes.
" Présence militaire toujours importante dans la vallée de l'Indus : rassurant plutôt qu'autre chose.
" Population isolée vivant dans une haute vallée accessible seulement l'été, et totalement isolée durant 8 à 9 mois d'hiver. Vit en autarcie selon des modes de vie et de pensée ancestraux. Très tournée vers la religion et la tradition ; monastères, agriculture, thé salé au beurre rance, etc.

Rencontres au ZANSKAR septembre-octobre 2005
Accueil dans les familles qui nous reçoivent dans leurs maisons très rudimentaires
Dès notre arrivée au minuscule aéroport de Leh (capitale du Ladakh) située à 3800m d'altitude nos amis du Zanskar, Tashi et Sonam nous conduisent au guest home (pension de famille de Jigmet).
Nous y restons pour 3jours d'acclimatation à l'altitude qui nous sont nécessaires.  
Nos amis achèveront les courses pour le mois durant car il n'y a pas de moyen de ravitaillement pendant le trek.

Leh est partagé par 3 cultures les cachemiriens les indous et les ladakhis la majorité parlent l'anglais
Le troisième jour nous partons en bus à Lamayuru où nous attendent les chevaux et les horsemen Zanskarpas soit 20 chevaux et 10 cavaliers, 1 chef cuistot et 4 aides; Sunam notre guide local et Yoann notre interprète.
Sur les toits des maisons sèchent les abricots , le foin pour les bêtes , le bois et les bouses de Yack pour se chauffer l'hiver

Nos amis zanskarpas traversent 9 cols entre 4000 et 5000 m avec leurs chevaux (pour les circuits randonnées) pour venir à notre rencontre et nous ramener dans leurs familles où nous séjournons.
Nous sommes 9 au départ de cette aventure humaine 4 hommes et 5 femmes tous fin prés mais avec des questionnements qui au fil des jours s'éclaircissent tout à fait normalement. Nous sommes restés 24 jours en altitude entre 4000m et 5000m le point le plus haut atteint a été le SINGEE LA 5160 m .
Nous avons passé 9 cols à travers des paysages les plus extraordinaires que l'on puisse imaginer. Aux étapes, chacun devait monter sa tente toujours à proximité d'un cours d'eau ( les accros aux conditions d'hygiène occidentales s'abstenir).

Les drapeaux de prière.
En flottant librement au vent, cet élément qui communique avec tout, les bénédictions des textes sacrés (mantras) qui sont imprimés se propagent sans limite. Le "Cheval du souffle" (loungta), dont l'image figure au centre des drapeaux de prières symbolise l'harmonisation des souffles vitaux et a la capacité d'éloigner les mauvaises circonstances. On utilise ainsi tous les éléments de la nature - le vent qui fait flotter les drapeaux, la chaleur d'une lampe à beurre qui fait tourner un moulin à prières, le roc sur lequel on grave des prières, l'eau d'un torrent qui entraîne les pales d'un autre moulin à prières - comme un rappel, afin que chaque activité, chaque élément de la nature, tout ce qui se présente à nos yeux soit une incitation à la prière et à l'altruisme. Ces supports extérieurs sont utilisés afin que tout ce que nous voyons et entendons nous rappelle cette attitude altruiste et devienne un support de méditation : la nature devient alors un livre d'enseignement.

Les deux problèmes liés à l'altitude.
" L'essoufflement, à 4000m, vous ne pouvez pas marcher sans être essoufflé . Quand vous montez un col même très lentement c'est comme si vous courriez ici ! C'est une question d'entraînement et de capacité de récupération
" Le mal aigu des montagnes (MAM) sérieux problème; il n'y a pas de règle chacun de nous est susceptible de souffrir de MAM . En cas d'urgence le seul remède est de redescendre à des altitudes inférieures .
Enfin arrivé au col - toute notre caravane les horsemen( cavaliers), les cuisiniers, le guide local Sonam et le coordinateur Yoann. A ce col il est de coutume de choisir un horseman ou un cuisinier pour lui offrir un présent et recevoir en échange une fleur. Aussi, je n'ai pas oublié Jimmet qui m'a aidé à monter ma tente lorsque j'étais malade(tourista) et mes doigts gelés.
 
Trouble physique.
Avant de partir, certains d'entre nous ont passé des examens médicaux spécialisés à l'altitude .
En Juin un week-end de préparation dans les Alpes, nous a permis de tester notre matériel, nos capacités physiques et notre résistance au froid. Certains se sont aperçus que leur tente n'était pas suffisante ou leur duvet pas assez chaud.
Malgré ces préparations un d'entre nous a eu des troubles de la vue pendant 2 jours, une autre personne a eu des migraines tout le long du séjour, un autre a eu des angoisses presque jusqu'à la fin du séjour d'où un manque d'appétit et toutes les conséquences que cela peut avoir. Une autre personne a souffert du Trek car insuffisamment préparée physiquement.
Sinon comme il est de règle tout le monde a eu la Tourista (maux intestinaux bref la diarrhée).

La Moisson
En septembre, les Ladakhis, Zanskarpas coupent leur orge à la faucille ou souvent même l'arrachent à la main (c'est ainsi que souvent les mains des vieilles villageoises sont crevassées ). Puis des gerbes d'orges sont contituées et portées à dos de femmes sur l'aire de battage près du village .
J'ai essayé de porter ces charges. C'est très lourd (50 KG ). Une lanière ou de la corde ceinture cette charge puis les femmes s'accroupissent et passent la corde sur leur épaules . Les tibétains(es) sont de petite taille, aussi on ne les voit presque plus sous leur chargement.
Arrivés sur l'aire de battage, les dzos (croisement vache et yak ) et les yaks foulent ces gerbes . Et là, la magie des lieux fait son effet.
Tout un répertoire de chants, les mêmes depuis toujours, encouragent les bêtes qui tournent , le museau enfoui dans la paille qu'elles écrasent .
Puis vient le vannage et le village n'est que musique, sifflement de l'ardeur à la tâche . Avec de grandes fourches de bois, ils jettent la récolte en l'air, la brisent ce qui sépare la balle du grain . Le rendement d'un champ se comptabilise en journée de travail 3J= X quintaux
Ceci dit, nous avons traversé des villages sur des plateaux à 4000m. Et oui, la montagne est habitée même à ces altitudes. L'accueil des villageois est chaleureux malgré leur pauvreté. Il y a toujours du thé au beurre salé, des galettes, du fromage de Yack et du Tchang (alcool d'orge ).

Chortens au monastère de Lamayuru
Dès que nous voyions un chorten, nous savions qu'il y avait un village à proximité - soulagement pour ces nomades que nous devenions. Les chortens sont des reliquaires en forme de tour. Les plus petits ont environ trente centimètres de haut et sont placés sur les autels privés, les plus grands (jusqu'à trente mètres de haut) contiennent des reliques du Bouddha. Les chortens servent parfois à marquer des endroits sacrés et parfois à abriter les cendres des grands lamas défunts. C'est la coutume de faire le tour des chortens dans le sens des aiguilles d'une montre . 

Conclusion
Malgré la barrière de la langue, nous avons communiqué car nous avions un lexique de ladakhais.Il était possible de communiquer en anglais avec certains. En ce qui me concerne, j'en garderai un souvenir inoubliable et je me suis promis de revenir car j'ai gardé contact avec mes amis Zanskarpas.

 
Extraits de "Himalaya Bouddhiste"
Matthieu Ricard, Olivier et Danielle Föllmi (Editions de La Martini)
ZANSKAR Béni des Dieux
A trois mille cinq cents mètres d'altitude, le vieux royaume bouddhiste du Zanskar abreuve le monde par deux rivières d'eau pure, la Doda et la Tsarap, qui jaillissent des glaciers du Grand Himalaya et s'unissent dans une vaste vallée triangulaire pour donner vie au fleuve Zanskar Après de larges arabesques brunes en été, turquoise à l'automne, et blanches tout l'hiver, le fleuve se révolte entre les murailles abruptes d'un canyon austère, long de cent kilomètres. Le Zanskar s'apaise cent cinquante kilomètres plus bas, dans la vallée minérale du Ladakh, en offrant ses eaux à 1'lndus.
Le peuple du Zanskar est l'un des plus isolés de notre planète. Environ douze mille paysans peuplent une cinquantaine de petits villages dans les trois vallées du Zanskar. Chaque famille possède sa maison de torchis, ses champs en terrasse, une dizaine de chèvres, deux ou trois chevaux, parfois un yak et sa femelle le dri, mais surtout quelques dzomos, croisement entre le yak et la vache, qui donnent du bon lait. Bouddhistes, les Zanskarpa mangent rarement de la viande et ils répugnent à tuer un être vivant, même un insecte. Ils se nourrissent de farine d'orge, de pois et de blé d'altitude qu'ils cultivent en été.
Le printemps au Zanskar est une belle période calme où l'on prie sur le toit des maisons en attendant que la nature se réveille. Afin d'activer la fonte des neiges et de réchauffer la terre pour pouvoir la labourer, les familles répandent sur les champs la cendre du foyer accumulée pendant l'hiver.
L'été est une période fébrile et plus soucieuse. Les Zanskarpa ont à peine trois mois pour cultiver, récolter et engranger le grain et le fourrage de l'année. Toute la famille travaille de l'aube au crépuscule, se répartit les tâches pour cultiver et irriguer les champs, parcourir la montagne et ramener des réserves de buissons, veiller sur les bêtes à l'alpage et battre le beurre.
L'automne est la saison des mariages. Une grande fête noyée de bière d'orge, le tchang, honore la jeune mariée qui pleure et quitte à jamais son village pour vivre auprès de sa belle-famille. Une autre fête l'attend dans le village de son époux qu'elle découvre pour la première fois. Les parents arrangent les mariages. Les parents se retirent dans une petite habitation voisine plus Spartiate que la maison principale. Si la maladie les épargne, leur vie devient plus facile et surtout plus sereine car plus pieuse. Ils peuvent se préparer au voyage de la mort et à son aboutissement, la renaissance.
L'hiver est long et cruel. Aux premières chutes de neige, les cols deviennent inaccessibles et il faut attendre janvier pour pouvoir rejoindre le Ladakh, en douze jours de marche, par le fleuve Zanskar dont les bords gèlent durant quelques semaines. Mais, plus sédentaires que voyageurs, les Zanskarpa préfèrent rester au pays. Ils aiment l'hiver, période propice aux prières qui permet de savourer plus intensément la beauté et la profondeur de la vie. Chacun a tout son temps pour le partager avec les autres.
Lentement, le Zanskar évolue dans la grande roue du temps. Mais les Zanskarpa sont ouverts aux changements et conçoivent un intérêt en toute chose, une équité en toute action, un potentiel d'éveil en tout être. Tashi Namgyal Gyalpo, le vieux roi du Zanskar, disait peu avant sa mort : " Notre religion nous enseigne l'impermanence. Tout est voué à naître, à croître et à mourir, puis à renaître. Nous devons toujours nous adapter au changement. ".